lundi 24 janvier 2011

Tunisie : sur la piste des proches de Ben Ali

Le gouvernement a officiellement révélé que l'ex-ministre de l'Intérieur, Abdallah Kallel, ainsi que les deux anciens conseillers de Ben Ali,  Abdel Aziz Ben Dhia et Abdelwahab Abdallah, ont été arrêtés. Par ailleurs des membres du clan Trabelsi ont réussi à trouver refuge au Canada en tant que "résidents permanents". Malgré tout, les manifestations continuent.
Dans les nombreuses rumeurs qui circulent à Tunis, les informations véridiques autour des clans Ben Ali – Trabelsi sont assez rares. Après avoir appris que l'un des neveux de l'ex-première dame Leïla Ben Ali, Imed Trabelsi, n'était pas mort mais en état d'arrestation, la prudence est plus que jamais de rigueur. D'autant que le gouvernement tunisien ne communique pas beaucoup sur les proches de l'ancien régime - il faut dire qu'il compte parmi ces derniers au moins moins huit de ses membres, dont le Premier ministre Mohamed Ghannouchi. À peine sait-on, par exemple, qu'une trentaine de proches de la famille Ben Ali – Trabelsi ont été arrêtés, mais on ne connaît toujours pas leur identité.
Une solide information officielle a cependant filtré ce dimanche sur trois anciens collaborateurs de Ben Ali. Selon l'agence officielle TAP, Abdallah Kallel, Abdel Aziz Ben Dhia et Abdelwahab Abdallah ont été arrêtés et placés en résidence surveillée. Le premier est le président du Sénat et ancien ministre de l'Intérieur, les autres ont été les plus proches conseillers de Ben Ali : Ben Dhia était l'un des architectes de la politique du président déchu, tandis qu’Abdallah, ministre-conseiller à la présidence, avait la haute main sur l'information.
Jusqu'ici, le sort de ces responsables faisait l'objet de rumeurs contradictoires, certaines évoquant leur arrestation, d'autres leur fuite. Les trois personnalités étaient des cadres de l'ancien parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), dont les manifestants exigent chaque jour la dissolution. Kellal a déjà eu maille à partir avec la justice : il a échappé de justesse à celle de la Suisse en 1992. Alors qu'il se faisait soigner dans ce pays, il a failli être arrêté après la plainte d'un Tunisien pour « torture » à l'époque où il était ministre de l'Intérieur.
Immigrés indésirables
Autre information sur des proches de l'ancien président : le ministre de l'Immigration canadien, Jason Kenney a déclaré que certains membres du clan Ben Ali « étaient déjà résidents permanents » du Canada, où ils ont donc « le droit » de séjourner.
Samedi dernier, Le Journal de Québec avait révélé l'arrivée d'un des frères de la femme de Ben Ali, son épouse, leurs deux enfants et leur gouvernante. Dimanche, Radio-Canada, a précisé que le jet privé ayant déposé les Ben Ali à l'aéroport international de Montréal-Trudeau transportait en réalité entre cinq et dix membres du clan, et aurait atterri jeudi, non vendredi.
Ottawa a confirmé l'information du Journal de Québec, sans toutefois livrer plus de détails.  L'identité exacte de la famille en question n'est pas connue, Leila Ben Ali (née Trabelsi) ayant plusieurs frères. Mais en coulisse, on confirme que ce beau-frère fait partie d'une liste d'une douzaine de membres du clan Ben Ali dont les mouvements sont suivis par des services occidentaux.
Reste que depuis l'arrivée de cette famille Trabelsi, les Canadiens n'ont pas arrêté d'exprimer leur indignation. Ils ne comprennent pas comment des membres d'une dictature honnie ont pu trouver accueil dans leur pays aussi facilement. Du coup, les autorités canadiennes ont dû se justifier et indiquer qu'elles n'entendaient pas accueillir d'autres proches de Ben Ali. Le gouvernement a par exemple accru sa surveillance des compagnies aériennes, a expliqué une source officielle sur Radio-Canada. Et samedi dernier, le ministère de l'Immigration avait déjà souligné que « M. Ben Ali, les membres destitués de l'ancien régime tunisien et leurs proches n'étaient pas les bienvenus au Canada ». (Avec AFP)

Olivier Besancenot se rend en Tunisie mardi et mercredi

Olivier Besancenot se déplace en Tunisie mardi 25 et mercredi 26 janvier «pour soutenir le processus révolutionnaire en cours», annonce le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) ce lundi, dans un communiqué.
«Des rencontres sont prévues avec Hamma Hammami, dirigeant du PCOT, des dirigeants de la Ligue de gauche travailliste, des syndicalistes des postes et télécommunications, des associations des droits de l'Homme», précise le parti.

Tunisie: le chef de la TV Hannibal libéré

Le propriétaire de la chaîne de tunisienne privée Hannibal, Larbi Nasra, a lui-même annoncé aujourd'hui sa libération sur sa propre antenne, disant qu'aucune accusation ne pesait plus sur lui.

"Il n'y a plus aucune accusation contre moi", a déclaré à des journalistes de sa chaîne Larbi Nasra, dont l'agence tunisienne TAP, citant une "source autorisée", avait annoncé hier l'arrestation pour "haute trahison". "J'ai été bien traité en détention. J'ai été accusé de charges passibles de la peine de mort, mais je pardonne à tout le monde", a-t-il déclaré, apparaissant en costume cravate et lunettes de soleil. "Ni le Premier ministre ni le ministre de l'Intérieur n'étaient au courant de mon arrestation", a-t-il ajouté, restant mystérieux sur les commanditaires de son interpellation.

La source citée la veille par la TAP avait accusé LarbiNasra d'avoir oeuvré "par le biais de sa chaîne, à faire avorter la révolution des jeunes, semer la désordre, inciter à la désobéissance et à la diffusion de fausses informations dans le but de créer un vide constitutionnel et de saboter la stabilité dans le pays et le pousser vers le chaos". Cette action était destinée, selon cette source, "à favoriser le retour de l'ancien dictateur Zine El Abidine Ben Ali", qui a fui le pays le 14 janvier pour se réfugier en Arabie Saoudite sous la pression d'une révolte populaire d'un mois sans précédent.

Première chaîne privée créée en Tunisie en 2005, Hannibal avait brièvement interrompu ses programmes dimanche.

Ben Ali: le parquet ouvre une enquête

Le parquet de Paris a annoncé avoir ouvert aujourd'hui une enquête préliminaire sur les biens en France de l'ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali et de son entourage à la suite d'une plainte de trois organisations non gouvernementales. Ces trois ONG, Sherpa, Transparency International et la Commission arabe des droits humains, ont récemment déposé une plainte pour corruption, détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, abus de confiance et blanchiment aggravé commis en bande organisée.

Cette enquête, ouverte à la suite de cette plainte et d'éléments transmis par la police, a été confiée à l'office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) et à la cellule antiblanchiment du ministère de l'Economie, Tracfin, a précisé le parquet.

Le porte-parole du gouvernement François Baroin a affirmé le 17 janvier que la France se tenait "à la disposition des autorités constitutionnelles tunisiennes" pour examiner le sort des biens immobiliers en France du président tunisien déchu, réfugié en Arabie Saoudite, et de son entourage. Selon les plaignants, qui s'appuient sur des informations de presse, la fortune de l'ex-président et de son entourage est estimée à environ 5 milliards de dollars.

Opposition tunisienne : les forces en présence


FOCUS - Après la fuite de Ben Ali, le chef du nouveau gouvernement d'union nationale a annoncé la légalisation de tous les partis. Opposition légale, partis interdits, lefigaro.fr fait le point sur les opposants à l'ancien parti quasi unique.

L'opposition légale (tolérée sous Ben Ali) :

Nejib Chebbi.
Nejib Chebbi. Crédits photo : FETHI BELAID/AFP
Parti démocratique progressiste - Le PDP est le plus grand parti de ce qui constituait l'opposition légale. Son fondateur, l'avocat Nejib Chebbi, a été nommé ministre du Développement régional du gouvernement d'union nationale annoncé le 17 janvier. Parmi ceux demeurés en Tunisie, il était le plus connu des opposants au régime de Ben Ali. Après avoir dirigé le PDP depuis les années 1980 jusqu'à 2006, il n'a pu se présenter à l'élection présidentielle de 2009, car n'étant plus le chef d'un parti. Najib Chebbi était fréquemment la cible des forces de sécurité tunisiennes et des médias pro-gouvernementaux. Aujourd'hui dirigé par une femme, Maya Jribi, le parti a été attaqué pour son manque de fermeté car il ne réclamait pas le départ de Ben Ali.
Ettajdid (Renouveau en arabe) - Développant une ligne politique de centre gauche, le parti anciennement communiste, a vu ses membres régulièrement harcelés par les autorités sous l'ère Ben Ali. Son secrétaire général, Ahmed Ibrahim, est le nouveau ministre de l'Enseignement supérieur du gouvernement d'union nationale mais menace déjà de démissionner. Il a été candidat à la présidentielle de 2009.
Forum démocratique pour le travail et les libertés - Le FDTL, parti de gauche, rassemble notamment des intellectuels, des membres de la classe moyenne et des activistes des droits de l'homme. Il milite pour la démocratie depuis sa création en 1994, réclamant des élections libres, la libération des prisonniers politiques, une séparation entre le parti au pouvoir et le gouvernement ainsi que la liberté pour le peuple tunisien. Légalisé en 2002, le FDTL est dirigé par Mustapha Ben Jaâfar, nommé ministre de la Santé du gouvernement d'union nationale avant de démissionner. Il s'agit d'un vieil opposant et d'une personnalité respectée de la vie politique, plusieurs fois candidat à la présidentielle. On ne sait pas en revanche de quelle popularité il dispose dans l'opinion publique tunisienne.
Parmi les autres partis autorisés, on compte notamment le Mouvement des démocrates socialistes (MDS) d'Ismaïl Boulahya, le Parti de l'unité populaire (PUP) de Mohamed Bouchiha, le Parti social libéral (PSL) et le Parti des verts pour le progrès. Leurs critiques du régime déchu ont été plus que discrètes. L'Union démocratique unioniste (UDU) est le seul parti de l'opposition de façade qui a pris ses distances pendant la crise du régime.
Union générale des travailleurs tunisiens L'UGTT est une puissante centrale syndicale, la seule du pays, qui a joué un grand rôle dans la révolution du Jasmin. Elle a soutenu le mouvement et appelé à des «réformes politiques fondées sur la promotion de la démocratie et la consolidation des libertés». Mais pendant le règne de Ben Ali, la direction de l'UGTT a souvent affiché une attitude relativement conciliante à l'égard du pouvoir. Trois personnalités de ce syndicat ont brièvement intégré le gouvernement d'union nationale avant de le quitter le lendemain sur demande de l'organisation.
L'opposition interdite sous Ben Ali :

Rached Ghannouchi (photo prise en 2000).
Rached Ghannouchi (photo prise en 2000). Crédits photo : ODD ANDERSEN/AFP
Ennahda (Renaissance en arabe) - Interdit jusqu'à la récente annonce de la légalisation des partis politiques, le mouvement des islamistes tunisiens est dirigé depuis son exil londonien par Rached Ghannouchi, un homonyme du premier ministre n'ayant aucun lien de parenté avec celui-ci. Ghannouchi a quitté la Tunisie il y a 23 ans mais se dit désormais prêt à revenir au pays. Son parti a été interdit au début des années 1990, accusé de menacer le régime. 25.000 de ses militants ont alors été incarcérés, d'autres quittant le pays. Aucun des membres d'Ennahda ne figure dans le gouvernement d'union nationale annoncé le 17 janvier. Le mouvement ne compte pas présenter de candidat à la présidentielle mais entend participer aux législatives. Au contraire de certains de ses voisins arabes, l'influence des islamistes en Tunisie est jugée moindre. Ghannouchi estime l'Islam compatible avec un régime démocratique multipartite et prône le dialogue avec l'Occident.

Moncef Marzouki.
Moncef Marzouki. Crédits photo : BORIS HORVAT/AFP
Congrès pour la République - Le CPR est dirigé par l'opposant historique Moncef Marzouki. Ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme et co-fondateur du Conseil des libertés en Tunisie (CNLT, non reconnu), Marzouki est condamné en 2000 à un an de prison. En 2001, il créé le Congrès pour la République puis quitte son pays pour la France où il vit dès lors en exil. Son parti est interdit en 2002. Marzouki a par le passé eu des liens avec les islamistes mais le CPR se définit comme une organisation laïque, militant pour les droits de l'homme, l'indépendance de la justice et l'organisation d'élections libres. Moncef Marzouki s'est déclaré candidat à la future présidentielle.
Parti communiste des ouvriers de Tunisie - Le PCOT est une petite formation d'extrême gauche dont les activités sont interdites dans le pays, où elle comptait autrefois des nombreux partisans à l'université. Le parti défend un régime parlementaire. Il est dirigé par Hamma Hammami qui, recherché par la police, vivait dans la clandestinité jusqu'à récemment. Il a d'ailleurs été incarcéré plusieurs heures durant la révolution du Jasmin. Le PCOT a annoncé qu'il ne présenterait pas de candidat à la présidentielle.
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Les autres opposants :
Yadh Ben Achour, chargé de la réforme politique au sein du gouvernement d'union nationale, est un intellectuel ayant toujours gardé sa liberté d'esprit.
Slim Amamou, emprisonné pendant la «révolution du Jasmin», est un cyberdissident très actif. Il entre au gouvernement d'union nationale comme secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux Sports.
Mokhtar Trifi, chef de la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH), n'était pas reconnu par le pouvoir de Ben Ali.

dimanche 23 janvier 2011

Tunisie: le chef de la TV Hannibal arrêté

Larbi Nasra, propriétaire de la chaîne de télévision privée tunisienne Hannibal, a été arrêté sous l'accusation de "haute trahison et complot contre la sécurité de l'Etat" pour avoir voulu favoriser le retour du président déchu Ben Ali, a annoncé  l'agence officielle TAP.

"Larbi Nasra oeuvrait par le biais de sa chaîne à faire avorter la révolution des jeunes, semer la désordre, inciter à la désobéissance et à la diffusion de fausses informations dans le but de créer un vide constitutionnel et de saboter la stabilité dans le pays et le pousser vers le chaos", selon une source autorisée citée par l'Agence tunisienne de presse. Cette action était destinée, selon cette source, "à favoriser le retour de l'ancien dictateur Zine El Abidine Ben Ali", qui a fui le pays le 14 janvier pour se réfugier en Arabie Saoudite sous la pression d'une révolte populaire d'un mois sans précédent.

Larbi Nasra a été arrêté en même temps que son fils, Mahdi Nasra, marié à une femme appartenant à la famille de l'épouse de l'ex-président, Leïla Trabelsi et qui travaillait également pour Hannibal, selon la TAP. Tous deux ont été interpellés "en application de l'état d'urgence" décrété le 14 janvier par le gouvernement tunisien alors que Ben Ali fuyait le pays et seront "déférés devant la justice", selon la source citée par la TAP.

Première chaîne privée créée en Tunisie, le 13 février 2004, Hannibal, a interrompu ses émissions, a constaté dimanche l'AFP après l'annonce de cette arrestation, sans qu'on sache la raison précise de cet arrêt des programmes.  Cette chaîne généraliste portant le nom du grand stratège carthaginois Hannibal Barca est normalement l'une des plus regardées par les Tunisiens.

Très populaire, elle a révolutionné à ses débuts la couverture des événements sportifs en Tunisie et diffusait des talk-shows au ton relativement libre.

Comment le clan Ben Ali a viré Yves Lecoq de sa villa en Tunisie


Il y a cinq ans, l'imitateur des Guignols de l'info Yves Lecoq, amateur de week-ends en Tunisie, tombe en extase devant une splendide maison à Hammamet : entièrement blanche, érigée dans un parc planté d'arbres centenaires, en bordure de la plage. C'est à peine si l'humoriste remarque la présence de policiers à proximité de la maison.
Yves Lecoq apprend que le propriétaire (français) de cette propriété paradisiaque serait disposé à la lui céder, et il signe rapidement une promesse de vente. La transaction prendra quatre ans avant d'être conclue…

« Ça commençait mal… »
Joint par Rue89, l'imitateur donne quelques précisions sur ce long délai :

« Pour acheter une maison quand on est étranger, même si le vendeur est lui-même étranger, il faut une autorisation du gouverneur. Comme celle-ci ne venait pas, je me suis dit que ça commençait mal… »


Yves Lecoq devient enfin propriétaire de la villa en 2009. Aussitôt l'acte signé, il a le projet, bien naturel, de se rendre dans sa nouvelle demeure.

En arrivant sur place, les clés en poche, des policiers en civil lui interdisent de rentrer chez lui. Il explique qu'il est le nouveau propriétaire, mais les cerbères ne veulent pas en démordre : il ne peut entrer dans sa maison.

Un poste de police chez le voisin

Yves Lecoq constate que sa rue est fermée par une barrière, comme à un poste de douane, et que de nombreux policiers en uniforme et en civil en interdisent l'accès. Il remarque aussi que la maison de gardien de son voisin a été transformée en poste de police.

« Courtoisement » emmené au poste, il est sommé de présenter son passeport pour avoir osé vouloir rentrer chez lui. Lecoq les questionne alors sur son voisinage et découvre que la villa mitoyenne de la sienne, une bâtisse au luxe très ostentatoire, dégoulinante de marbre, est la propriété de l'un des gendres du Président Ben Ali, un jeune homme d'une trentaine d'années, Mohamed Sakher El Materi, époux de Nesrine, 24 ans, l'une des filles du dictateur.

El Materi est également propriétaire d'un établissement bancaire, la banque Zitouna, et s'est emparé, en quelques années, de nombreuses entreprises en Tunisie et de propriétés appartenant à des Tunisiens.

Réveillé par les rugissements d'un lion

Yves Lecoq est enfin autorisé à rentrer chez lui. Il fait chaud, et pour trouver un peu de fraîcheur, Yves Lecoq s'installe un campement de fortune afin de passer la nuit dans son jardin. Il est réveillé en pleine nuit par les rugissements d'un lion.

Le fauve est dans le jardin, il en est sûr. Il appelle au secours. Son gardien arrive précipitamment, le rassure et lui explique que le lion est de l'autre côté du mur, dans le jardin de son voisin. Dans la journée, l'animal dort, écrasé par la chaleur. Mais la nuit, le fauve se réveille et rugit…

Le récit de Lecoq est confirmé dans une dépêche diplomatique révélée par WikiLeaks. L'ambassadeur des Etats-Unis Robert F. Godec raconte son dîner du 27 juillet 2009 dans la propriété de Sakher El Materi, que l'on présente alors comme le successeur de Ben Ali. L'Américain, lui, parle d'un tigre, mais selon Yves Lecoq, il s'agissait bien d'un lion :

« Il avait sa cage juste contre la séparation avec mon jardin. J'ai voulu mettre une clôture, mais El Materi m'a demandé de ne pas le faire. J'étais toujours dans la crainte de représailles, d'autant plus qu'il avait recruté le frère du gardien de ma maison pour avoir des renseignements. »


Un voisin « exigeant, vaniteux et difficile »

Dans le câble révélé par WikiLeaks (qu'on peut lire intégralement en anglais), le diplomate américain qualifie El Materi comme étant « exigeant, vaniteux et difficile », sa femme « naïve et ignorante », pour conclure :

« L'opulence dans laquelle El Materi et Nesrine vivent, ainsi que leur comportement, expliquent clairement pourquoi ils sont, ainsi que d'autres membres de la famille de Ben Ali, détestés et même haïs par certains Tunisiens. »


On apprend aussi que le fauve consomme quatre poulets chaque jour, et que sa présence a rappelé à l'ambassadeur le lion que possédait Udaï Hussein, le fils de Saddam, dans une cage à Bagdad…

Une belle demeure, un bien mal acquis

Au moment où il a acquis la maison, Yves Lecoq n'était pas vraiment au fait des coutumes de la famille régnante.

Il a d'abord été approché par un homme d'affaires franco-tunisien. Empêché de faire des travaux dans sa propre villa, il a fini par renoncer, de guerre lasse. En 2010, quelques mois avant la chute du pouvoir, il a vendu sa maison à Sakher El Materi :

« Apparemment, la télévision tunisienne disait ces jours-ci que je pourrais la récupérer. Mais c'est un bien mal acquis, acheté avec de l'argent qui l'est aussi… Donc je ne sais pas si ce sera possible. »


L'imitateur des Guignols de l'info est un amateur de belles demeures, pas d'embrouilles. En France, il jouit en paix de ses trois châteaux : celui de Villiers-le-Bâcle, où il réside, près de Paris, le château de Maisonseule, en
Ardèche, et sa dernière acquisition, un château en Vendée, terre de ses ancêtres. A la campagne, l'imitateur porte le nom d'Yves Lecoquierre-Duboys de La Vigerie.